ACCUEIL

 
Docteur Benedict LUST
 

Biographie courte du Dr Lust

 

Benedict Lust, Naturopathie et la Théorie de l'Universalisme Thérapeutique par James C. Whorton

 

Naturopathie
 

Présentation Générale

     

Quelques exemples orthodoxes :

       

 

HYDROTHÉRAPIE

         

PHYTO-AROMATHÉRAPIE

 

PETITE BIBLIOGRAPHIE

    Abbé Sébastien KNEIPP + + +
    Dr Paul CARTON
    Dr Alexandre SALMANOFF
    Dr Herbert SHELTON

 

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

    Contact | e.mail
    Qui sommes-nous ?
    Gérard Monsterleet | Ses livres
    Plan du site

Docteur BENEDICT LUST
Père de la Naturopathie [1872-1945]

PRÉSENTATION LONGUE

Un écrit édifiant pour présenter le Dr Benedict Lust tant pour ce qui est de l'homme que de son œuvre : 
Benedict Lust Naturopathy And The Theory Of Therapeutic Universalism, du Dr James C. Whorton, téléchargeable en anglais au format  [Source : LA84 Foundation].
Ci-dessous, une fidèle traduction en français [Mme Geneviève Dupuy-Soulsby, French Language Services,] :

Iron Game History 

Volume 8 Number 2


Benedict Lust, Naturopathie et
la Théorie de l'Universalisme
Thérapeutique

James C. Whorton


Benedict Lust en 1911

Note de l’éditeur : Dr. James C. Whorton est l’un des plus distingués historiens médicaux d’Amérique. En tant que membre de la faculté de médecine à l’université de Washington à Seattle, ses recherches, lors des deux dernières décennies, se sont essentiellement portées sur les relations souvent antagonistes entre le monde de la médecine alternative, la culture physique et celui de la médecine conventionnelle. Outre son dernier livre - Nature Cures: The History of Alternative Medicine in America (New York: Oxford University Press, 2002) - de nombreux lecteurs d’IGH apprécieront également le livre précédent du Dr. Whorton, Crusaders for Fitness. Publié en 1982, Crusaders for Fitness décrit le cheminement des pionniers de la forme physique et rapporte des discussions d’importantes personnalités telles que Bernarr Macfadden, Sylvester Graham, William Alcott et autres. La recherche nécessaire à la rédaction de Nature Cures eut lieu en grande partie ici à la Physical Culture Collection de l’université d’Austin au Texas ; nous avons été très heureux de pouvoir aider le Dr. Whorton.

     Le système de médecine naturopathique a sans doute été l’un de ceux qui a eu une très grande influence sur le concept de la médecine complémentaire ou intégrative en Amérique récemment. Pourtant, de toutes les plus importantes approches non-conventionnelles en matière de santé utilisées actuellement aux États-Unis, la médecine naturopathique est le seul système à ne pas avoir véritablement retenu l’attention des historiens. Cette désaffection semble d’autant plus curieuse lorsque l’on considère que la notion de complémentarité qui s’est répandue si profusément au cours de la dernière décennie est celle qui a compénétrée la pensée naturopathique dès les prémices de la profession. Elle fut, en fait, un élément essentiel de la philosophie de référence formulée par le fondateur Benedict Lust, philosophie qu’il décrit comme "Universalisme Thérapeutique."

     La naturopathie, nom sous lequel cette discipline fut d’abord connue, se développa vers la fin des années 1890 sous la direction de Lust, jeune allemand qui survécut à la tuberculose
grâce à des traitements administrés par Sebastian Kneipp, célèbre adepte des cures thermales, à son institution près de Münich. Résolu à honorer celui qui lui avait sauvé la vie en lui servant d’émissaire au Nouveau Monde, Lust partit à New York en 1896 dans le but de faire connaître et de pratiquer la méthode de Kneipp en Amérique. Cependant, presqu’immédiatement, il commença à élargir le système de Kneipp en y ajoutant la diététique, les plantes médicinales, le massage, l’électrothérapie, les bains de soleil et autres éléments traditionnels de la méthode de guérison naturelle allemande. Très vite, les manipulations musculo-squelettiques des premiers ostéopathes et chiropracteurs furent également adoptées et dès 1901, Lust décida d’appeler son large éventail de thérapies - naturopathie. Cette même année, il ouvrit The American School of Naturopathy à New York, et l’année suivante il créa la Naturopathic Society of America dont il fut le seul président jusqu’à sa mort en 1945.1

22


October 2003

Iron Game History


Benedict Lust commença la Cure Naturelle de Yungborn en 1896 sur un site de 24 hectares. dans la région montagneuse de Ramapo près de Butler dans l’état du New Jersey. En 1911, lorsque cette photo du bâtiment principal de loisirs a été prise, Yungborn comptait plus de 100 curistes.

     Le nom ‘naturopathie’ avait pour but de faire passer le principe que la guérison de toute maladie quelle qu’elle soit est toujours le produit du pouvoir curatif de la nature qui réside dans chaque être vivant, pouvoir qui doit être soutenu et stimulé grâce aux agences du monde naturel. Strictement parlant bien sûr, naturopathie veut dire "maladie naturelle" et non "guérison naturelle" et dès sa conception, des naturopathes critiquèrent le terme comme étant trompeur. Néanmoins, le fondement de l’étiologie naturopathique était que certes "la maladie naturelle" est la source de toute maladie car les dysfonctions du corps humain sont immanquablement imputables à des violations des lois naturelles d’un bon mode de vie. Ce point de vue fut illustré au moyen d’un "arbre de maladies" dessiné par le naturopathe Henry Lindlahr dans les années 1910 et qui présentait la gamme complète des infirmités humaines, du rhume au cancer, sortant d’un tronc détérioré par ce qui fut appelé "accumulation de matière morbide dans le système." Le sol dans lequel se dresse le tronc d’impuretés physiques consiste de "violations des lois naturelles" de l’alimentation, exercice et autres composants de l’hygiène de vie. Ces violations sont dues à l’ignorance de l’humanité, l’indifférence, le manque de maîtrise de soi et à l’auto-indulgence. Là où les médecins allopathiques considéraient la maladie comme étant le résultat d’insultes au corps et venant de l’extérieur, en particulier d’infections par des microbes, les premiers naturopathes considéraient que toute maladie trouvait ses racines à l’intérieur du corps ("des microbes" apparaissent parmi les branches de l’arbre mais ils portent le nom de maladies et n’en sont pas la cause). Au lieu d’être la victime innocente d’une entité pathologique étrangère quelconque, chaque personne était responsable de l’attaque de son propre corps en adoptant une mauvaise hygiène de vie; la maladie était alors le châtiment de la nature pour l’autodestruction du patient. De ce point de vue-là, "maladie naturelle" était une interprétation tout à fait pertinente de la naturopathie.2

     Malgré tout, la traduction préférée était "guérison naturelle." La naturopathie, ainsi qu’elle fut définie par Lust, était une approche de la

guérison qui utilisait "l’agence salutaire des forces de la nature." Ces forces pouvaient être administrées quelles que soient leurs formes, de l’eau aux herbes médicinales en passant par l’électricité et la lumière solaire, mais dans chaque cas, elles procédaient de la même façon, en aidant la nature à éliminer l’"accumulation de matières morbides" contenue dans le corps. Ainsi que Lust l’a définie en 1903, la naturopathie était un système de "monisme pathologique et d’universalisme thérapeutique"; elle ne reconnaissait qu’une maladie - l’inhibition du "pouvoir naturel" du corps - mais aussi une virtuelle infinité d’agents curatifs - dont tous faisaient partie des forces bienfaisantes de la nature.3
Aussi grandiose que cela puisse paraître, l’universalisme thérapeutique s’étendait néanmoins bien au-delà de l’utilisation de toutes les modalités naturelles de l’univers. En effet, l’ultime objectif des traitements naturels, selon Lust, n’était pas d’éliminer la maladie physique mais plutôt de restaurer l’appréciation que les êtres humains ont de leur juste place dans l’ordre naturel du cosmos. L’"objet principal" de la naturopathie, affirmait-il, était de "rétablir l’harmonie entre le corps, cerveau, cœur et toutes fonctions corporelles de l’homme—et la nature." Préconisant ce que la génération suivante allait appeler guérison holistique et médecine écologique, Lust exigeait que les étudiants inscrits à son American School of Naturopathy étudient non seulement l’herboristerie et l’hydrothérapie mais aussi des matières telles que la culture de soi, la régénération mentale, l’amour pur, le mariage de l’âme, la guérison mentale et divine, la métamorphose de l’âme et la conscience christique.4

    
Ainsi que l’indique le cours sur la conscience christique, la naturopathie, à l’origine, était portée presqu’autant par des courants religieux que médicaux. L’idéal de l’union du corps, cerveau et cœur avec la nature présupposait que les humains sont des êtres évoluant dans un univers créé et gouvernée par un Dieu bienfaisant et que les lois .../...

23


Iron Game History

Volume 8  Number 2


.../... de la santé sont des commandements divins dont le respect vous gagne les faveurs du Créateur et dont la violation entraîne une punition méritée. Lust est remonté jusqu’au Jardin d’Eden afin d’encadrer sa théologie physique. Là, sermonnait-il, "l’homme n’était pas malade," mais vivait en parfaite santé grâce aux "produits de la Terre nourricière." Puis survint la Chute, un acte de désobéissance qui somme toute, impliquait, "un fruit défendu," un acte d’hygiène non naturel. Adam et Ève furent alors chassés et"l’homme perdit ainsi sa connexion directe à la terre....sa descente vers l’artificiel et le péché refléta à mesure égale la montée des maladies et toutes autres souffrances."5

    
Les notions de non naturel et d’immonde étaient liées dans la perspective naturopathique par l’engagement des praticiens au vitalisme ou la croyance que la vie prend sa source dans et se nourrit de quelque pouvoir ou esprit qui transcende les forces chimiques et physiques régissant les phénomènes du monde inorganique. Les méthodes naturelles marchaient parce qu’elles agissaient sur la force vitale qui réside dans chaque être humain, en la stimulant à restaurer le corps dans son intégralité. Mais cette force, proclamaient les naturopathes, n’était pas uniquement vitale; elle était en fait le souffle divin, la portion personnelle de chaque chose vivante de la "puissance omnipotente qui créa l’univers." C’était certes l’universalisme thérapeutique!6

Si la force vitale était la même chose que la puissance omnipotente, il en découlait que la souffrance générée par un mode de vie non naturel devait être spirituelle autant que physique. Ainsi que le disait un naturopathe, "la transgression des lois naturelles" était la cause non seulement de toutes les infirmités corporelles mais également "de tout ... pauvreté, souffrance, anxiété, vice et crime". De même, la perfection réalisable en vivant en accord avec la nature était d’ordre spirituel autant que physique. L’adoption du mode de vie naturopathique, promettait Edward Purinton, conduirait " à la naissance dans chaque être humain [non seulement] d’une puissante musculature, une circulation sanguine dynamique, un système nerveux vigoureux, un système digestif alerte, une sexualité débordante, un corps superbe [et] une énergie vibrante," mais aussi de "sublimes pensées, ... un splendide sentiment de liberté et de paix éternelle, un épanouissement infini et un état de divinité consciente. Qu’il en soit ainsi !"7

     Bref, la guérison naturelle était, selon Lust, "un grand mouvement sociologique," un mouvement qui "s’aligne sur la requête du Christ : que votre règne arrive!'" Dans le royaume à créer à l’aide de remèdes naturels, on trouverait "le nouvel homme, la nouvelle femme, le nouveau citoyen de l’ère à venir, l’ère de paix et
de bonne volonté envers toute l’humanité." Le naturopathe, ainsi qu’en testifiait un praticien, "a foi en son système non seulement en tant que science et discipline, mais aussi en tant que religion qui, si on la suit, conduit l’humanité vers un paradis de santé et de bonheur."

     Dans ce contexte, il était possible pour les naturopathes de proposer en toute sincérité que le premier et sans doute le plus important adhérent de cette discipline n’était autre que le Christ; Jésus, affirmait l’un d’entre eux, était "un naturopathe extrêmement compétent." En assumant une telle ascendance, il fut très facile à Lust de présenter la signification révolutionnaire de son système en faisant observer qu’un grand bouleversement spirituel avait lieu dans la civilisation occidentale approximativement tous les 500 ans, en commençant avec le Christ, suivi par Mohammed, les croisades, la Réforme - et maintenant la naturopathie.8


     La naturopathie espérait accomplir ce que des mouvements religieux précédents avaient en vain essayer de faire en recrutant l’humanité en errance vers ce que Lust appelait la "Cure de Régénération," soit l’adhésion à un mode de vie sain qui restaurait la force physique et l’énergie tout en développant un état de "rajeunissement …..spirituel." Dans ce but de régénération du corps et de l’esprit, le fondateur de la naturopathie créa dans la campagne du New Jersey une sorte de camp de naturisme qu’il baptisa Yungborn, ou fontaine de jouvence. Les clients y passaient leurs jours à faire des randonnées, prendre des bains de soleil et de boue, à batifoler nus dans des torrents de montagne et se nourrissaient de légumes et tisanes. L’un des clients témoigna de sa satisfaction de la façon suivante :

     Mister Lust can make you well,
if you will let him lay
     The plans for what you eat and
wear, and his commands obey.
     Hés got an Eden out of town,
where you will get no meat,
     And walk 'mid trees as Adam
  did, in birthday suit complete;....
     Roast beef, cigars, and lager-
beer you'll never want again,
     When you've been healed at
[Yungborn], by fruit, fresh air and rain.
     Its very cheap as well as good-
this wondrous Nature Cure,
     And if you take it home with
 you, its blessings will endure;

     For all the ills of all mankind,
the cheapest and the best 
     Is Mister Lust's great Nature
 Cure--just put it to the test!9

Yungborn est un bon exemple du curieux mélange de .../...

24


October 2003

Iron Game History


.../... sagesse et de folie qui imprégnait la naturopathie à ses débuts. Il est certain que l’état de santé des curistes s’améliorait lors de leur séjour à Yungborn (hormis le risque de mélanome dû aux bains de soleil, danger encore méconnu à l’époque).Se coucher et se lever tôt, ne pas manger de viande et faire de l’exercice est une ordonnance de bonne santé quel que soit l’endroit où l’on se trouve. On ne peut non plus mettre en doute les bonnes intentions de Lust; tout ce qu’il a écrit et tout ce qui a été écrit sur lui attestent de sa sincérité quant à sa volonté d’encourager les gens à réaliser un maximum de vitalité et sa foi en sa cure naturelle pour y arriver. Cependant, sincérité et bon sens étaient compensés, en naturopathie, par une foi inconditionnelle en l’idée que tous les agents du monde naturel—que ce soit l’eau, l’air pur ou les rayons ultraviolets – étaient forcément bénéfiques puisqu’ils étaient "naturels". "La nature est entièrement et universellement parfaite," proclamait Lust dès 1900;"la nouvelle discipline de la guérison naturelle attend tout de la nature et est convaincue que les remèdes simples et naturels utilisés ne peuvent qu’aider la nature à vaincre la maladie ." Cette foi inébranlable en la bonté de la nature résonne dans toute la littérature naturopathique, d’un"Credo du naturopathe" qui professait la croyance dans l’" éternelle générosité " de la nature et "ses efforts perpétuels vers l’accomplissement d’un ordre toujours supérieur," aux quatrains du poète naturopathe:


L’été, de nombreux clients de Yungborn résidaient dans des "air cabins" construites spécifiquement pour optimiser la circulation de l’air. Il faut remarquer la construction spéciale du toit qui permettait à l’air frais "salutaire" de circuler constamment dans tout le bâtiment

     I am getting back to nature, I
have strayed from mother earth,
     Have followed many barren
paths, since my time of birth,
     I am living close to nature, with
the sun, the air, the bath,
     And experience has taught me

this, to take 'The Natur -path.
10

aussi bizarre soit la méthode ou discutable soit la motivation de son promoteur. Simplement feuilleter n’importe quel volume de The Naturopath and Herald of Health, principale revue de ce domaine, corroborera l’opinion de D. D. Palmer, fondateur de la chiropractie, qui disait que la naturopathie de son époque était "un ramassis de tout et n’importe quoi que leurs auteurs glanaient çà et là." Pendant un temps, par exemple, le journal contenait une "Rubrique Phrénologique." La pseudo-science d’étude de la personnalité basée sur la forme du crâne avait connu une certaine popularité au XIXe siècle mais avait été discréditée et presqu’entièrement abandonnée dès le début du XX siècle. Elle revendiquait de prendre en compte "l’entière organisation de l’homme et son mode de vie ainsi que la façon de le contrôler et de le guider" ce qui résonnait plutôt bien avec Lust, le philosophe holistique et c’est ainsi que la phrénologie fut incorporée dans la naturopathie. Il y eut également pendant quelque temps un service d’astroscopie qui était censé aider le diagnostic grâce à .../...
     L’absorption révérencieuse des naturopathes dans les mystères bienfaisants de la nature leur libérait l’esprit au point de formuler des suppositions intuitives aucunement fondées sur la science objective, telles que le pouvoir du "magnétisme curatif" de la boue. Si les enfants trouvent tellement de plaisir à jouer dans la boue, expliquait Lust, c’est parce que "l’enfant … ressent en lui le besoin de la décharge magnétique qui passe de la nature à l’homme, se joint à l’onde électrique éthérique qui frémit dans l’homme et complète ainsi le circuit formant l’humanité-de l’animal à Dieu."11

     Conjecturer sans fondement était déjà une faiblesse assez regrettable . Pis encore était l’empressement à adopter au sein de la discipline naturopathique toute modalité thérapeutique présentée comme "naturelle," 

25


Iron Game History

Volume 8  Number 2


     Les publicités acceptées par les publications naturopathiques témoignent de la même ouverture d’esprit envers toute chose se prétendant naturelle. Le bon, tel que le pain complet et les programmes d’exercice de musculature, figurait côte à côte avec le ridicule. Pour n’en sélectionner que deux parmi le deuxième groupe, on citera le Toxo- Absorbent Pack ou récipient contenant certains minéraux actifs qui "appliqués extérieurement fouillaient chaque organe du corps à la recherche de poisons, les attiraient à la surface," et les neutralisaient, guérissant ainsi la pneumonie, la tuberculose, le cancer, l’appendicite et la typhoïde; et le Golden Sunlight Radiator qui soulageait "toutes sortes de douleurs presqu’instantanément"; ce dernier faisait aussi "fondre les boutons comme neige au soleil." Un assortiment d’articles bizarres se sont également infiltrés dans les pages publicitaires de journaux naturopathiques, parmi lesquels la brochure qui révélait des informations de la plus grande importance sur "les habitants des différentes planètes de ce système solaire."13
Deux géants du mouvement naturopathique américain - Benedict Lust (à gauche) et Dr. Jesse Mercer Gehman - pris par un photographe à Atlantic City vers 1935. Gehman, qui travailla pendant quelque temps comme éditeur chez Macfadden, fonda plus tard sa propre station balnéaire naturopathique près de Harrisburg en Pennsylvanie. En 1943 Gehman publia Smoke Over America, étude détaillée des dangers du tabagisme même passif.
     Si elle acceptait pour ainsi dire tout ce qui se revendiquait du naturel, la naturopathie, à l’origine, rejetait d’instinct toute théorie, thérapie ou activité associées à la médecine allopathique. La théorie du microbe par exemple était, selon Lust "le plus gros canular des temps modernes." La position
naturopathique vis-à-vis des bactéries était de les considérer comme effet plutôt que cause , comme des agents qui s’établissent dans le corps seulement après qu’il a commencé à se détériorer "à cause de notre mode de vie malsain. Un corps l sain ne permet pas la multiplication excessive de microbes. Mais un corps malsain est si corrompu et contient tellement de déchets que les microbes commencent à se multiplier .../...
l’astrologie. Par exemple, la mystérieuse maladie du fils du tsar Nicholas fut correctement diagnostiquée comme hémophilie mais seulement parce que le jeune garçon était né avec le soleil dans le signe du Lion et la lune dans celui de la Vierge. Le domaine de la thérapie et de la prévention, abondait de situations similaires aussi embarrassantes qui allaient de l’ingestion de sable aux cures d’indigestion et de constipation, à la manipulation rectale, "remède absolu des céphalées chroniques et nombreuses autres maladies dites incurables."12

26


October 2003

Iron Game History


et à prospérer." Il s’ensuivait, pour les naturopathes, que les efforts déployés pour contrôler la prolifération des microbes à l’aide de vaccins—activité particulièrement en vogue parmi les médecins allopathes—n’étaient pas judicieux en théorie et de surcroît présentaient une violation en pratique de la sainteté de la nature. Le vaccin contre la variole en particulier choquait le côté intuitif des naturopathes qui considéraient la pureté intérieure comme raison sine qua non de la santé, puisqu’il impliquait l’introduction d’un agent purulent étranger dans le corps humain. Il ne faisait aucun doute qu’il était "hors de toute compréhension sensée de pouvoir accepter que de la matière corrompue—du sang pourri—développé dans des animaux infectés à dessein ... puisse prévenir une maladie ou restaurer une personne souffrante à un état normal!" La vaccination était une "telle profanation horrible, une telle pollution répugnante, une telle imbécillité absolue [que l’on devait] se demander avec étonnement : comment cela est-il possible au XXe siècle ?" Pour Lust, la vaccination obligatoire encore en 1927 était "le plus odieux des crimes."14

     Mais ce n’était pas seulement ses effets sur les humains qui rendaient la vaccination aussi odieuse aux yeux des naturopathes. Les souffrances infligées aux animaux pour produire et tester les vaccins étaient tout aussi répugnantes. A vrai dire, la plupart des écoles alternatives de pratique au début du XXe siècle s’alignèrent au mouvement antivivisectionniste. Mais nulle n’égala la ferveur des attaques de la naturopathie contre les expériences sur animaux. Plus que tout autre système, la naturopathie respectait la parenté entre l’humanité et du royaume animal: Lust, est-il besoin de le rappeler, louait " le circuit complet de l’humanité - de l’animal à Dieu." La compréhension écologique que les naturopathes avaient de la santé— l’homme n’est vraiment complet que lorsqu’il est pleinement intégré dans la grande chaîne de vie de la nature— les rendait plus susceptibles à l’affront lorsque des soi-disant professionnels de santé venaient perturber cette harmonie et maltraiter les autres éléments de cette communauté naturelle: "Pensez," disait l’un des lecteurs, "aux atrocités innommables auxquelles ces pervers médicaux soumettent leurs victimes innocentes et sans défense dans le but de satisfaire leur manie diabolique des expériences! Et le pire est encore à venir car la vivisection animale n’est qu’une étape vers la vivisection humaine." Le terrible gâchis de la médecine orthodoxe fut résumé dans une chanson naturopathique sur les "Allopathic Drug Doctors":
     Sing a song of doctors, A
satchel full of dope,
     Four-and-twenty patients, A
hundred miles of hope.
     When the satchel opens, the
doctors start to guess;
     The patients are about to get
some nauseating mess.
     Dosem's in the parlor, Analyz-
ing frogs;
     Cuttem's in the kitchen, Vivi-
secting dogs;
     Prickem's found another Serum
for disease.
     But there's no disagreement
When they figure up their fees.
15

     La naturopathie, à l’ origine, usait d’une autre arme enfin dans ses efforts vers l’accomplissement de l’universalisme thérapeutique. La médecine alternative au début du XXe siècle était en proie à une guerre intestine. Les chiropracteurs et les ostéopathes par exemple se détestaient autant qu’ils méprisaient les praticiens allopathiques et chacun de ces systèmes était aussi déchiré par des factions internes. Mais la naturopathie, régie par une inclination philosophique à présumer que le pouvoir guérisseur existait dans chaque royaume de la nature, était plus encline à la coopération qu’à la rivalité. Dès 1907, Lust se professait lui-même comme étant " assez libéral pour croire que dans tous les différents systèmes thérapeutiques, même dans la science médicale [!], système le plus vague et contradictoire de tous, on peut trouver un principe central de vérité en action pourvu que l’on soit assez ouvert pour le chercher." Les collègues praticiens professaient des croyances similaires et ensemble "chérissaient un doux rêve—l’union de toutes les factions non médicamenteuses en une grande profession." En fait, Lust décrivait la société nationale de sa profession, l’American Naturopathic Association, comme "l’union pour l’avancement mutuel de tous les professionnels de santé qui dépendent de la nature, une organisation sous l’égide de laquelle toutes les écoles n’utilisant pas de drogues peuvent se rassembler."16

Cette orientation œcuménique signifiait, selon l’interprétation de Lust, que "le médecin naturopathique est le médecin du futur. Éventuellement on pourra peut-être créer un système de santé humain qui sera aussi parfait qu’humainement possible." Il était même envisagé qu’un jour, les allopathes prescripteurs de produits non naturels pourraient être invités. En 1918, un naturopathe se laissa aller à imaginer que l’on pourrait proposer "que la American Medical Association et l’American Naturopathic Association nomment chacune un comité dont le seul but serait d’établir les éléments faisant preuve d’une sagesse supérieure et d’excellence dans l’autre association. L’A. M. A. pourrait dire à l’A. N. A. - "Nous faisons certainement de graves erreurs que votre éminent savoir nous permettrait de corriger. Veuillez s’il vous plaît nous en informer afin de nous reformer." Ce à quoi, l’A.N. A.

27


Iron Game History

Volume 8  Number 2


répondrait - "Pas du tout mes frères. C’est nous qui en vérité, sommes dans l’erreur - auriez-vous s’il vous plaît l’amabilité de nous renseigner?" Chacune deviendrait alors un véritable modèle de courtoisie et d’humilité envers l’autre." A ce moment-là, le docteur se réveilla et réalisa l’improbabilité de la vision qu’il venait de conjurer. "Il vaut mieux que je m’arrête là," soupira-t-il; "un tel spectacle me coupe le souffle et il faut maintenant que je me remette du choc. " 17

     En fin de compte, même la coopération avec les autres systèmes alternatifs s’avéra n’être que pur fantasme car même ces derniers refusèrent de reconnaître quelque valeur que ce soit à la naturopathie. Dans les années 1920, Lust avait abandonné la campagne de réunification et encourageait dorénavant ses collègues à laisser "les systèmes à sens unique suivre leur propre chemin, séparément." L’homme qui avait jadis rêvé d’unir tous les professionnels de santé alternatifs au sein d’une même corporation annonçait qu’ "il était temps de s’occuper de nos oignons," et devint un dénonciateur aigri des "éléments peu sympathiques" qui constituaient les autres systèmes; il traitait les chiropracteurs en particulier de "traîtres et obséquieux."18

     Les éléments peu sympathiques abondaient cependant même dans la naturopathie et après la mort de Lust, en 1945, le mouvement se fractura en plusieurs factions querelleuses; à une époque, dans les années 1950, pas moins de six organisations nationales différentes prétendaient représenter la profession. Ce n’est que grâce à l’organisation de l’American Association of Naturopathic Physicians en1980 que les praticiens naturopathes furent réunifiés. Depuis lors, la pratique naturopathique s’est distinguée par la détermination des leaders de la profession à se distancer de la naïveté thérapeutique des premiers praticiens. L’université de Bastyr, près de Seattle, principale institution pédagogique de la profession, clame fièrement que les cours qu’elle dispense "se concentrent davantage sur les aspects de la médecine naturelle vérifiables scientifiquement et moins sur les aspects de cure naturelle relativement anecdotaux." La réforme scientifique de la naturopathie a tellement bien réussi que, des dix centres de recherche en matière de médecine alternative établis par les National Institutes of Health Office of Alternative Medicine en 1994-95, l’université de Bastyr fut la seule institution non-allopathique à être sélectionnée.19

    
L’image scientifique que les naturopathes modernes ont d’eux-mêmes est très bien exprimée par la déclaration d’un praticien: "Nous devons nous définir comme pratique médicale. Laissons derrière nous l’époque des noix et baies de la naturopathie." Pourtant, à certains égards, le temps des noix et baies existe toujours. Vers la fin de sa carrière, le naturopathe de Seattle John Bastyr implorait ses collègues "continuez la recherche scientifique mais n’oubliez pas la philosophie." Les conseils de Bastyr ont été bien suivis car si le contenu religieux de la philosophie de Lust a été en grande partie retiré de la discussion naturopathique, la majorité de son

universalisme thérapeutique est toujours d’actualité bien que sous une forme plus sophistiquée. En 1989, l’American Association of Naturopathic Physicians déclara officiellement que la médecine naturopathique est en définitive définie "moins par les thérapies qu’elle utilise que par les principes philosophiques qui guident ses praticiens." La littérature naturopathique contemporaine regorge toujours de professions de foi dans le vitalisme, respect du pouvoir curatif de la force vitale et de la supériorité des agents thérapeutiques naturels sur les agents artificiels.20

Notes:
1. Friedhelm Kirchfeld and Wade Boyle, Nature Doctors. Pioneers in Naturopathic Medicine (Portland, OR: Medicine Biologica, 1994), 185-219.
2. Henry Lindlahr, Nature Cure, 12th ed. (Chicago: Nature Cure Publishing, 1919), 12.
3. Benedict Lust, "Health Incarnate," Naturopath and Herald of Health (1903) 4:164-7, p. 165. Herald ofHealth and Naturopath (1919) 24:268; Byron Stillman, "Back to Nature," Naturopath and Herald of Health (1905) 6:15 1.
4. "Naturopathic Legislation Series," Naturopath and Herald of Health (1914) 19:143-50, 183-7, 217-58, p. 145; Benedict Lust, "Naturopathy vs. Nature Cure," Naturopath and Herald of Health (1902) 3:262-3; advertisement for American School of Naturopathy, Herald of Health and Naturopath (1921) 26:576.
5. Benedict Lust, "The Organization and Establishment of the 'American' Yungborn," Naturopath and Herald of Health (1913) 18:nopage.
6. G. R. Clements, "The True Science of Naturopathy," Nature's Path (1925) 1:31-4, p. 34.
7. Per Nelson, "Naturopathy versus Medicine," Herald of Health and Naturopath (1920) 25:78-82, p. 80; Edward Purinton, "NaturopathicCreed-crystals," The Naturopath and Herald of Health (1902) 3:519.
8. Benedict Lust, "A Happy New Year!" The Naturopath and Herald of Health (1907) 8:1-4, p. 3; Edward Purinton, "Efficiency in Drugless Healing. In: Benedict Lust, ed., Universal Naturopathic Encyclopedia Directory and Buyers' Guide Year Book of Drugless Therapy For 1918-19 (Butler, NJ: Lust, 1918), 65-165, p. 88; James Clauson, "The Dawn of a New Era," Naturopath and Herald of Health (1910) 15:513-7, p. 516; A. Eppolito, "Christ as a Naturopath.Nature's Path (1944) 48:163, 172, 177, p. 163; Benedict Lust, "AHappy New Year! (1907) Naturopath and Herald of Health (1907)8:1-4, p. 2.
9. Advertisement for Yungborn. Herald of Health and Naturopath (1916) 21:no page; T. C. M., "The nature cure at Butler," Naturopath and Herald of Health (1904) 5:151. Also see "A New York Physician, How a Doctor was Disillusioned," Naturopath and Herald of Health (1902) 3:251-4.
10. Benedict Lust, "Art versus Nature in the Process of Healing. "Kneipp Water-Cure Monthly (1900) 1:120; William Havard, "The Naturopath's Creed," Herald ofHealth and Naturopath
(1919) 24:268; Byron Stillman, "Back to Nature," Naturopath and Herald of Health (1905) 6:15 1.

28


October 2003

Iron Game History


11. Benedict Lust, "Editorial Drift," Naturopath and Herald of Health (1902) 3:296-9, p. 298.
12. D. D. Palmer, The Chiropractor's Adjuster: Text-Book of the Science, Art and Philosophy of Chiropractic for Students and Practitioners (Portland, OR: Portland Printing House, 1910), 286; "Phrenological Section," Naturopath and Herald of Health (1912) 17:615-8, p. 617; "Astroscopy Department," Herald of Health and Naturopath (1917) 22:188-9; NHH (1904) 5:no page; William Moat, "Rectal Manipulation," Herald of Health and Naturopath (1916) 21:502-4, p. 502.
13. Advertisement for the Toxo-Absorbent Pack. Naturopath and Herald of Health (November, 1906), 7:28; Ad for the Golden Sunlight Radiator. Naturopath and Herald of Health (April, 1907), 8:18; Ad for X-Ray. Naturopath and Herald of
Health (August, 1905), 6:no page.
14. Benedict Lust, "Who will give the first million to promote naturopathy?" Herald of Health and Naturopath (1920) 25:61-2; R. L. Alsaker, "Do Germs Cause Disease?" Physical Culture (February, 1920) 43:46, 87, 89-90, p. 89; L. H. Anderson, "Natural Healing," Naturopath and Herald of Health (1902), 3:149-53, p. 153; A. A. Erz, The Medical Question. The Truth About Official Medicine and Why We Must Have Medical Freedom. (Butler, NJ: Erz, 1914), 255; Benedict Lust, "What I Stand For," Naturopath (1927) 32:217-20, p. 218.
15. A. A. Erz, "Official Medicine - As It Is and What It Is Not,"Naturopath and Herald of Health (1914) 19:573-604, p. 602; "Regular Allopathic Drug Doctors," Herald of Health and Naturopath (1921) 26:138.
16. Benedict Lust, "Naturopath to be Vastly Improved," Naturopath and Herald of Health (1907) 8:37-38; Benedict Lust, "Facing the Situation," Herald of Health and Naturopath (1920) 25:269; Benedict Lust, "Naturopathic News," Herald of Health and Natuwpath (1922) 27:32. For an example of other naturopaths' openness to different schools of healing, see Edward Purinton, "Proclamation of Naturopathy," Naturopath and Herald of Health (1906) 7:303.
17. Benedict Lust, "Naturopathy in Southern California," Naturopath and Herald of Health (1907) 8:40-1, p. 4 1; Benedict Lust, "Natur- opath to be Vastly Improved," Naturopath and Herald of Health (1907) 8:37-38; p. 37; Edward Purinton, "Efficiency in Drugless Healing," In: Benedict Lust, ed., Universal Naturopathic Encyclopedia Directory and Buyers' Guide Year Book of
Drugless Therapy For 1918-19 (Butler, NJ: Lust, 1918), 65-165, p. 165.
18. Benedict Lust, "Editorials," Herald of Health and Naturopath (1920) 25:269; Benedict Lust, "Editorials," Herald of Health and Naturopath (1920) 25:283; Benedict Lust, "Dr. Lust Speaking,"Naturopath and Herald of Health (1935) 40:2-3, 9, p. 3.
19. Friedhelm Kirchfeld and Wade Boyle, Nature Doctors. Pioneers in Naturopathic Medicine (Portland, OR: Medicina Biologica, 1994), 203; Joseph Pizzorno, "State of the College," Journal of Naturopathic Medicine (Winter, 1985) 3:111-4; Baynan McDowell, The National Institutes of Health Office of Alternative Medicine, Alternative and Complementary Therapies (1994-5) 1:17-25.
20. Jared Zeff and Pamela Snider, Report to the American Associa- tion of Naturopathic Physicians From the Select Committee on the Definition of Naturopathic Medicine, September, 1988 (Bastyr University Library), 17; John Bastyr, Journal of Naturopathic Medicine (1991) 2:40; Joseph Pizzorno and Pamela Snider, "Naturopathic Medicine," in: Marc Micozzi, ed., Fundamentals of Complementary
 and Alternative Medicine
(New York: Churchill Livingstone, 2001),173; Randall Bradley, "Philosophy of Naturopathic Medicine," in: Joseph Pizzorno and Michael Murray, eds., Textbook of Natural Medicine, 2nd ed., 2 vol. (New York: Churchill Livingstone, 1999), vol.1, 41-9.

29

Gérard Monsterleet, Cadre de Santé

 
Mise à jour : Jeudi 02 mai  2013

 naturo-holistique.com, 2007-2013

Tous droits réservés